À l’occasion de la clôture du Mois du Créole 2025, Fritz Deshommes a salué les avancées de l’« Akademi Kreyòl Ayisyen » tout en dénonçant le manque de moyens accordés à l’institution.
Fritz Deshommes, ancien recteur de l’Université d’État d’Haïti et membre de l’« Akademi Kreyòl Ayisyen » (AKA), a pris la parole lors de la cérémonie de clôture du Mois du Créole 2025, organisée à l’hôtel Montana le 31 octobre dernier. Dans son discours, il a salué les avancées de l’Académie tout en lançant un appel pressant aux autorités pour que la langue créole soit enfin traitée à la hauteur de son statut officiel.
Dès l’ouverture de son intervention, Deshommes a tenu à féliciter la nouvelle présidente de l’AKA, Rosilia François, première femme à diriger l’institution. Il a également salué les membres du nouveau Conseil d’administration, soulignant le caractère historique de cette transition.
Alors que l’AKA célèbre cette année ses onze ans d’existence, Monsieur Deshommes a souligné les obstacles persistants rencontrés par l’institution, liés à un financement insuffisant de l’État. Malgré tout, l’Académie a su maintenir ses activités et amorcer des changements significatifs dans la
société haïtienne, en cohérence avec le thème de la célébration : « Lang kreyòl, zouti devlopman nan tout repiblik la ».
Il a mis en lumière les progrès réalisés dans l’usage du créole dans les milieux universitaires, scientifiques et numériques. Il a notamment cité une récente conférence internationale organisée par le laboratoire UrGEo de l’UEH, entièrement tenue en créole sur des sujets de haute technicité comme le changement climatique, la physique quantique ou la gestion des déchets.
Mais au-delà des avancées, Deshommes a dressé un constat sévère sur les retards persistants. Il a dénoncé le fait que l’AKA soit l’organisme public le moins financé par le Trésor, avec un budget de seulement 110 millions de gourdes sur les 345 milliards alloués à l’État. Il a aussi souligné que les dirigeants de l’Académie ne perçoivent aucun salaire et que les locaux de l’institution ne reflètent en rien son statut officiel.
« On pourrait croire que l’AKA est un enfant illégitime de l’État », a-t-il lancé, rappelant que l’Académie a été créée par la Constitution et que sa mission est de défendre les droits linguistiques du peuple haïtien.
Deshommes a également évoqué les articles 46 et 47 de la loi de création de l’AKA, qui prévoient des rencontres annuelles avec les trois pouvoirs de l’État et l’obligation de former les fonctionnaires à l’usage du créole. Il a appelé à la mise en œuvre effective de ces dispositions, notamment dans le système judiciaire, où les citoyens continuent d’être jugés dans une langue qu’ils ne comprennent pas.
En conclusion, il a invité la nouvelle présidente et le Conseil de l’Académie à engager des démarches concrètes auprès des autorités pour faire respecter les engagements constitutionnels en faveur du créole.










