Professeur de littérature à l’Université d’État d’Haïti (UEH), notamment à la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA), où il enseigne les cours : Littérature Francophone, Introduction aux Études Littéraires, Littérature Comparée, Langues et Cultures Francophones, Joël Renfort est né à Petit-Goâve, Haïti. Il a présenté de nombreuses conférences sur la Littérature, la Poésie, l’Esthétique, la Peinture, l’ Histoire de l’Art, entre autres.
Artiste-peintre, poète, conférencier, Renfort porte dans son œuvre une pulsation surréaliste singulière. Ses toiles sont des labyrinthes d’énergies, de signes et de mots : une manière d’habiter l’image comme on habite un poème. La toile « Géant », créée au début de l’année 2025, marque un tournant dans sa cosmogonie picturale. Elle incarne un dialogue subtil entre peinture, mémoire et littérature, ouvrant un espace où la biographie devient couleur, où les spirales deviennent langage, où la vie de Frankétienne se matérialise dans un vortex symbolique.

Cette œuvre, exposée en mai dernier à la Malden Public Library (Massachusetts, États-Unis) dans le cadre de la conférence When Painting Meets Poetry, fut la pièce maîtresse d’une rencontre artistique où Renfort, aux côtés de son épouse Martine C. Renfort, a présenté la dimension pictopoétique de Frankétienne. L’œuvre a été subordonnée par un poème écrit il y a plus de dix ans par l’auteur consacré à Frankétienne. Une rencontre naturelle : quand la peinture convoque la poésie, Frankétienne demeure la figure la plus éclatante de cette alliance.
Analyse de l’œuvre

-Au fond, se déploie l’ensemble des titres des œuvres de Frankétienne.
-À droite, sa ville natale ; plus bas, le quartier de son adolescence ; plus loin, la ville de ses derniers jours, tout près d’une grande ligne portant son nom phrastique – une cartographie retraçant sa trajectoire géographique, depuis ses origines jusqu’à son dernier lieu de vie, unifiée par cette ligne qui inscrit son nom comme fil conducteur de toute son existence.
-Au sommet, les multiples métiers, talents et identités qui ont façonné son destin.
-En haut à gauche, l’abréviation de son nom, suivie d’une chronologie solaire et nocturne – une suite d’années successives – symbolisant sa traversée terrestre, le temps qu’il a habité, les phases qui ont rythmé son existence.
-En bas, au centre, un arbre : matrice symbolique, origine du mouvement spiralé. Sur ses deux axes opposés fleurissent les fruits de l’auteur _ ses réalisations littéraires, théâtrales, picturales, musicales _ comme un héritage infini. Du côté droit, jusqu’en bas, s’ouvre la conclusion visuelle de l’infini, achevée par les deux huit de sa vie continuelle.
La Rédaction vous propose ci-après une entrevue réalisée avec le professeur Renfort sur son parcours et son œuvre « Géant» .
ShelNews : Pourquoi ne pas avoir représenté le portrait de Frankétienne dans le tableau ?
Joël Renfort : On pourrait retourner la question : pourquoi devait-il forcément apparaître ? Un portraitiste aurait pu peindre son visage sans difficulté, mais cela n’aurait pas poussé la lecture au-delà de l’évidence. Je voulais créer une œuvre qui mobilise ses textes, sa biographie, son imaginaire, son souffle. Un portrait n’aurait été qu’une image reconnaissable. En le voyant, on pourrait simplement penser qu’il s’agit du portrait d’un personnage que l’artiste a choisi de représenter_ ce qui est assez récurrent. Cependant, cette composition ouvre l’intrigue : elle invite à chercher, à naviguer, et crée l’effet que je souhaitais, celui de pousser l’autre à regarder plus loin que le visage.
ShelNews : Comment le public a‑t‑il réagi lors de l’exposition ?
Joël Renfort : C’était fascinant. Les gens ralentissaient devant l’oeuvre pour ensuite s’arrêter un moment afin de dialoguer avec les différents éléments symboliques. Ils penchaient la tête, tournaient autour, interrogeant les signes, les titres affichés en trois langues, et les descriptions elles-mêmes traduites. L’œuvre les obligeait à lire, à décoder, à se perdre. Et surtout, elle réveillait Frankétienne. Beaucoup étaient bouleversés : certains redécouvraient l’auteur à travers ce que projette l’œuvre, d’autres regrettaient de ne l’avoir jamais rencontré de son vivant, surtout en tant qu’Haïtiens. Plusieurs ont promis de plonger désormais dans ses écrits et dans ses peintures.
ShelNews : D’où vient l’idée de cette œuvre ?
Joël Renfort : L’inspiration circule en permanence. Après le départ de Frankétienne en février 2025, j’ai voulu concevoir une œuvre qui serait une sorte de condensation de sa vie et de ses œuvres. Un jour, pinceau en main, en avril – le mois même de sa naissance – j’ai senti que le projet pouvait commencer. L’exposition devait avoir lieu en mai, et les idées sont venues progressivement, presque à voix basse. »
ShelNews : Aviez-vous imaginé l’impact de l’œuvre avant de l’achever ?
Joël Renfort : Jamais vraiment ! On ne connaît pas l’impact d’une œuvre avant qu’elle ne rencontre les yeux des autres.
On crée, on aime l’œuvre, on est heureux de l’achever – mais l’accueil nous échappe. C’est comme un enfant : on ignore comment le monde le recevra. J’étais néanmoins certain qu’elle marquerait un tournant dans mon travail, par la présence massive de l’écriture. Elle est devenue un carrefour pour moi. À partir d’elle, je continuerai à peindre en intégrant l’histoire, les dates, les traces biographiques.
ShelNews : Aujourd’hui, quel sentiment vous habite par rapport à l’œuvre ?
Joël Renfort : Elle continue d’agir. Chacun qui la voit pose des questions : c’est donc une porte d’entrée vers la littérature. Certains viennent par la peinture et ressortent avec un désir de lire. L’œuvre est un tremplin. Elle symbolise la jonction entre divers domaines, à l’image de Frankétienne lui-même : une figure où peinture, poésie, théâtre et musique se croisent sans frontière.
ShelNews : Une prochaine exposition en vue ?
Joël Renfort : Oui. Je travaille déjà à un parcours où elle sera mise en valeur. Et je souhaite la mettre en dialogue avec une autre œuvre dédiée à Magloire Saint-Aude, autre monument de notre poésie.
ShelNews : Pensez-vous vendre « Géant » un jour ?
Joël Renfort : Je l’exposerai encore, jusqu’au jour où je sentirai qu’une personne l’aime assez pour l’emporter. À ce moment-là, je pourrai la laisser partir.
ShelNews : Quelle importance pensez-vous que Frankétienne a dans le monde, dans les domaines esthétique, littéraire et artistique ?
Joël Renfort : Je pense que Frankétienne est un phénomène total. Peut-être – ou, pour être plus honnête, certainement – l’un des plus grands phénomènes esthétiques de toute l’histoire de la créativité artistique, non seulement en Haïti, mais à l’échelle du monde et de l’humanité. Mes paroles peuvent paraître hyperboliques, mais ce sont les travaux critiques réalisés, en cours, et à venir sur son œuvre qui continueront de le confirmer.
ShelNews : Pourquoi dites-vous cela ?
Joël Renfort : En réalité, cette question pourrait faire l’objet d’une conférence de trois heures. Mais pour résumer : Frankétienne est un créateur qui n’est pas seulement excellent dans un domaine. Beaucoup d’artistes brillent dans un seul registre et obtiennent une reconnaissance immense. Si vous me demandez de citer les plus grandes figures haïtiennes pour la poésie, dans ma liste figureraient Georges Castera, René Philoctète, Magloire Saint-Aude, et bien d’autres encore… Or n’importe qui pourrait ajouter Frankétienne parmi ces auteurs majeurs. Et la même logique s’applique à tous les domaines où son nom apparaît : presque tous. On peut le classer parmi les plus grands dramaturges, romanciers, entre autres.
Il crée un mouvement esthétique – le spiralisme – dont il est le chef de file et le théoricien. Il en est aussi le créateur le plus brillant.
Il est l’auteur du premier roman créole haïtien publié, Dezafi (1975), qui n’est pas seulement le premier roman édité en créole, mais également un chef-d’œuvre dont la singularité a fait couler beaucoup d’encre dans le monde. Il existe de nombreux articles portant sur ce roman, et sur bien d’autres œuvres ; bien plus, il y a des mémoires, et même des thèses de doctorat. Des musiciens, sculpteurs, peintres et créateurs de tous horizons ont également puisé dans son univers, certains chanteurs ont même composé des œuvres inspirées de lui.
Frankétienne est acteur, comédien, danseur, chanteur, compositeur, professeur, directeur d’école, ancien ministre de la Culture. Il reçoit de nombreux prix littéraires. Il demeure, jusqu’à présent, l’auteur le plus prolifique de la littérature haïtienne. Il est aussi peintre et céramiste : il a décoré des centaines d’assiettes en céramique, réalisé des fresques murales – dont celles de sa maison à Delmas 31, qui aurait dû devenir un véritable espace muséal où des artistes auraient pu travailler – et a peint plusieurs milliers de tableaux, grands comme petits.
Je ne parle même pas ici de l’impact de ses pièces de théâtre – Kaselezo, Pèlentèt, entre autres – sur l’esprit du public et sur d’autres créateurs. Beaucoup reprennent, consciemment ou non, des fragments entiers de ses textes issus de ses différentes œuvres.
En plus des mots qu’il invente – comme le montre le livre de Garnel Innocent LEKSIFE – il réintroduit, dans ses textes, de nombreux termes que les gens n’avaient plus l’habitude d’utiliser, leur redonnant ainsi vie. On peut aisément remarquer son influence _ poétique, rythmique, dans l’usage des figures de style et des jeux de mots (calembours) _ dans les créations de nombreux jeunes poètes, slammeurs et performeurs qui élaborent des spectacles à partir de collages de textes.
Lorsqu’on examine certains grands écrivains célèbres – ceux qui ont laissé vingt, vingt-cinq ou trente œuvres – on constate qu’ils possèdent cinq à sept œuvres majeures, incontestables. Mais Frankétienne, lui, en compte vingt-cinq à trente. Dezafi, Ultravocal, L’Oiseau Schizophone, Pèlentèt, Kaselezo, Bobomasouri, Foukifoura, Mûr à crever, H’Éros Chimères, Miraculeuse, et tant d’autres… et cela ne représente qu’un tiers de ses œuvres majeures.
Le fait qu’il écrive en créole, et qu’il adopte parfois une écriture hermétique – certains diraient opaque – rend la traduction de son œuvre difficile. Cela explique qu’elle ne soit pas encore disponible dans un nombre suffisant de langues et qu’elle demeure privée d’une certaine reconnaissance. Ce chantier attend nos jeunes chercheurs et traducteurs de l’Université d’État d’Haïti (UEH) et d’autres institutions, notamment ceux issus de la filière Traduction de la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA).
Au regard de la qualité et de la quantité de son œuvre, Frankétienne aurait pu recevoir trois prix Nobel de littérature – si l’on accordait plusieurs distinctions à une même personne – et pourtant, il est mort sans même en obtenir un seul.
Mais rappelons-nous : Homère, Euripide, Virgile, Ovide, Dante, Shakespeare, Goethe et Rabelais n’ont pas reçu de prix Nobel. Ils ont vécu avant la création de cette distinction. Je ne crois pas que Frankétienne leur soit inférieur : il est simplement différent, né dans un espace différent et ayant vécu dans un autre contexte. Ce n’est pas une figure de l’Antiquité qui viendra nous contredire.
De plus, il n’est inférieur ni en qualité ni en amplitude à ceux qui ont déjà reçu cette distinction, parmi nombre de ses contemporains des XXᵉ et XXIᵉ siècles.
C’est pour cela que j’ai écrit, à la fin du poème intitulé « FRANKETYÈN », affiché près du tableau (Géant) lors de l’exposition de la Malden Public Library, à Malden, Massachusetts, USA : « nou gen angrè pou n boujonnen mil sitadèl. » Car, dans l’héritage qu’il nous laisse, il existe une telle richesse qu’elle peut servir de base à la création de multiples œuvres magistrales.
ShelNews : On remarque parfois, dans certaines expositions, que vous n’êtes pas seul. Avec quels artistes avez-vous l’habitude d’exposer le plus fréquemment ?
Joël Renfort : Dans mon adolescence à Petit-Goâve, surtout à la Bibliothèque municipale, dès 1997, je participais régulièrement aux expositions regroupant artistes, artisans et divers créateurs petits-goâviens. Parmi ces figures, on retrouvait notamment : Osé Hermantin, Alex Clédanor, Jean Velly Hypolite, Zacharie Jean-Louis, Ostiné, Joseph Cayemitte, Presley Décilon, Mario Aristhène, Gondrey Yablonsky, Max Henry Fortunat, Jean-Marie Térrenciel,… et pour L’ artisanat: Mlle Marie Thérèse Mayard, Jean-Élie Etienne et bien d’autres encore.
Par la suite, j’ai intégré un groupe d’artistes appelé Makòs Art, avec lequel j’ai plus fréquemment l’habitude d’exposer. Ce collectif réunit notamment ma femme, Martine C. Renfort, ainsi que Danny Renfort, Dr Marie Dominique Renfort et Frantz Édouard Camille.
Beaucoup de nos expositions se tenaient à l’Exposition Artistique et Scientifique de l’Institution Mixte Saint-Jean Bosco, au Lycée Faustin Soulouque, à la Bibliothèque municipale de Petit-Goâve, ainsi qu’à l’occasion de la Journée Internationale de la Langue Créole à la FLA/UEH, à Port-au-Prince. »
ShelNews : Selon une source que nous avons contactée, vous auriez remporté, dès l’âge de dix ans, un concours international de dessins d’enfants organisé par la Croix-Rouge (Genève/ Suisse). Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos débuts dans l’art ? Est-ce exact ?
Joël Renfort : Je pense que tout a réellement commencé chez moi, à Petit-Goâve. Mes parents ont été, chacun à leur manière, de véritables mécènes.
Mon père, Jean Joseph Renfort, instituteur et calligraphe, passionné d’art et admirateur fervent des artistes petits-goâviens, m’a très tôt introduit dans cet univers. Il me félicitait pour chaque gribouillage que je faisais, et les affichait dans son bureau bien avant même que je sache écrire, c’est-à-dire avant mes trois ans. Il évoquait souvent des artistes de la ville, en particulier Jean-René Jérôme et Wilson Bigaud, qui y vivaient tous deux. Il m’emmenait rencontrer certains créateurs dans leurs ateliers : Jean Velly Hypolite, Zacharie Jean-Louis, Ostiné… et il me faisait aussi découvrir Clédanor et Osé Hermantin.
Ma mère, Ginette Chéry Renfort, également institutrice, était un soutien inconditionnel. Elle ne m’a jamais imposé de limites dans aucun de mes projets liés à la création artistique.
Ainsi, j’ai continué à créer en grandissant. Puis, à l’âge de dix ans, l’opportunité du concours s’est présentée, et j’y ai participé. Beaucoup de gens dans la ville en avaient connaissance. À partir de ce moment, je suis véritablement entré dans une mosaïque artistique où je me suis mis à produire toutes sortes d’œuvres : des représentations de bâtiments et de lieux historiques de la ville, des cartes géographiques, la célèbre « Douce Makòs » – confiserie emblématique (originaire de la ville) -, des paysages, et bien d’autres encore.
À l’époque, je travaillais surtout avec des crayons de couleur, de l’aquarelle, des feutres et des marqueurs. C’est seulement durant mon adolescence que j’ai fait la transition vers la peinture. Osé Hermantin, diplômé de l’ENARTS (École Nationale des Arts), avait fondé Les « Ateliers Hermantin », où il invitait tous les enfants et adolescents talentueux ou intéressés par le dessin à s’initier à la peinture pendant les vacances d’été. Et, ces jeunes avaient ensuite la chance de participer à une exposition organisée dans la ville.
Ma mère m’avait inscrit à cette activité, qui fonctionnait comme un véritable centre de création. Petit-Goâve s’était alors transformée, au milieu des années 1990, en un bouillonnement artistique auquel j’ai eu la chance de prendre part.
ShelNews : Quels autres artistes ou créateurs vous inspirent en général dans votre travail ?
Joël Renfort : Je peux dire que mes débuts ont été profondément façonnés par ma ville natale, Petit-Goâve. Sa baie, que mon père me présentait toujours comme une merveille, m’hypnotise encore chaque fois que je descends le morne Tapion. La nature, en général, demeure pour moi le bastion de créativité le plus riche : un musée gratuit rassemblant les chefs-d’œuvre inégalés et inégalables du « Grand Créateur » – sans conteste, le plus grand de tous les artistes.
Parmi les artistes haïtiens ayant la plus grande influence sur mon œuvre figurent Jean-René Jérôme et Frankétienne, entre autres. Parmi les artistes du monde, je pourrais citer notamment René Magritte, Salvador Dalí et Wassily Kandinsky.
Cependant, mon inspiration ne se limite pas aux peintres. Étant connecté à plusieurs domaines artistiques, je puise aussi dans l’œuvre de créateurs tels que Georges Castera, Magloire Saint-Aude et Paul Éluard, pour la poésie ; ou encore Michel-Ange, Rabindranath Tagore et bien d’autres créateurs de divers horizons. »
ShelNews : Pouvez-vous nous parler du style que vous utilisez le plus pour peindre en général ? Et du style le plus fréquent dans vos créations ?
Joël Renfort : Au sein du groupe Makòs ART, nous réalisons une grande variété d’œuvres. Elles évoluent selon les époques, notre créativité et les circonstances de production. Mon épouse, Martine C., et moi-même, travaillons plusieurs styles : réalisme, surréalisme, abstraction. Nous peignons également sur des supports variés : vêtements, nœuds papillon, CD, bois, chapeaux, bouteilles, valises, etc. Danny Renfort s’illustre dans la lodyans, la musique, la publicité et la peinture. Dr Marie Dominique Renfort réalise de la broderie au point de croix et de la peinture. Frantz Édouard Camille se spécialise dans le collage et la peinture… et ainsi de suite.



ShelNews : L’un de vos étudiants – alors notre collaborateur – nous a parlé d’une œuvre de la littérature créole qui l’a profondément marqué à la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA), Bèbè Gòlgota. Pouvez-vous nous en parler ?
Joël Renfort : J’enseigne la Littérature comparée à la FLA depuis 2007, et, chaque année, je dois choisir des œuvres en lien avec le thème retenu comme base pour le cours. Les œuvres changent donc au fil du temps selon les thématiques abordées. Lorsque j’étais moi-même étudiant à l’ENS/UEH, les œuvres sélectionnées étaient toujours en français (parfois écrites par des Haïtiens) ou issues de littératures étrangères, en traduction.
À un moment, j’ai voulu opérer un changement en introduisant une œuvre de la littérature haïtienne créolophone parmi mes choix. C’est ainsi que je me suis arrêté sur Bèbè Gòlgota de Pierre Michel Chéry. Ce fut un choix particulièrement fructueux : les étudiants étaient survoltés et nettement plus motivés par la lecture de ce texte, qui explore des thèmes liés à l’actualité et à l’imaginaire collectif. Ils étaient ravis, en plus, de pouvoir le comparer aux autres œuvres du corpus provenant d’autres littératures.
Cette année-là (2022, si ma mémoire est bonne), j’avais voulu leur faire une surprise. J’avais contacté et invité l’auteur de l’œuvre à l’honneur – l’académicien Pierre Michel Chéry – à venir à la FLA, institution qu’il affectionnait particulièrement, pour rencontrer les étudiants. Ils n’en revenaient pas. Il a fait une intervention, a échangé avec eux, et l’atmosphère ressemblait à une véritable fête à la FLA. Nous avions profité de l’occasion pour l’honorer avec une œuvre d’art spécialement conçue afin de mettre en valeur la qualité de son travail en général, et de Bèbè Gòlgota en particulier.

Les étudiants étaient euphoriques. D’ailleurs, ils devaient passer leur examen de Littérature comparée juste après le départ de l’écrivain.
Nous remercions chaleureusement le professeur Renfort pour avoir répondu à toutes nos questions. Sa présence en tant que premier invité de la rubrique Grand Entretien constitue un moment privilégié et enrichissant pour nos lecteurs.
Cette interview a été realisée par Schinaider CELLARD, linguiste, artiste, poète, journaliste-rédacteur.











