Dans le contexte administratif haïtien, la formulation des décisions publiques en situation de crise climatique exige une rigueur terminologique qui dépasse le simple choix lexical. L’expression « journée de chômage », bien que présente dans certains usages populaires ou médiatiques, ne saurait être retenue dans un acte officiel visant à suspendre temporairement les activités administratives ou scolaires en raison d’un phénomène naturel tel qu’un ouragan.
D’un point de vue linguistique, le terme « chômage » renvoie historiquement à une interruption involontaire du travail, généralement causée par des facteurs économiques, sociaux ou structurels. Il évoque une situation de précarité ou d’inactivité subie, et non une mesure préventive décidée par l’autorité publique dans un souci de sécurité collective.
Sur le plan pragmatique, l’emploi de cette expression dans un communiqué officiel pourrait induire une confusion dans la réception du message. En effet, les destinataires qu’ils soient agents publics, citoyens ou partenaires institutionnels pourraient interpréter cette « journée de chômage » comme une reconnaissance d’un déséquilibre économique ou d’une crise sociale, ou une célébration visant les personnes sans emploi, disponibles pour travailler, et en recherche active d’un emploi alors que l’intention réelle est de limiter les déplacements et les risques humains face à une menace climatique. Ce décalage entre l’intention énonciative et l’interprétation potentielle nuit à la clarté du message et à son efficacité opérationnelle.
Dans le monde juridique, un texte normatif privilégieraint des formulations plus précises et conformes aux usages administratifs. Les expressions telles que «journée non ouvrable exceptionnelle», «jour férié exceptionnel», « fermeture administrative temporaire », ou encore « suspension des activités pour raison de sécurité civile » qui sont juridiquement neutres, pragmatiquement claires et linguistiquement adéquates. Ces formulations permettent d’indiquer sans ambiguïté que la mesure est volontaire, temporaire et motivée par un impératif de protection des vies et des biens.
Ainsi, dans un souci de cohérence terminologique et de légitimité institutionnelle, il est recommandé d’abandonner l’usage de l’expression « journée de chômage » dans les communications officielles relatives aux suspensions d’activités dues à des phénomènes naturels. Une formulation telle que « Le gouvernement décrète une journée de suspension des activités administratives et scolaires en raison des risques liés au passage de l’ouragan… » répond aux exigences de clarté, de précision et de conformité juridique attendues dans un tel contexte.
Il est grand temps de ne pas continuer à brouiller l’espace public, et pire encore par des écrits qui vont rester et faire preuve. Pour cela, il convient d’éviter des discours de trop qui affaiblissent la parole publique alors que ce que le peuple veut est simple : des mots convaincants et justes avec des actions concrètes à l’appui.
Kensley BRUTUS
Linguiste, Avocat-stagiaire au Barreau de Port-au-Prince










