Le Directeur du Bureau National d’Ethnologie, le prêtre vaudou et chercheur Erol Josué, s’est exprimé pour clarifier une confusion qui traverse le milieu du vaudou haïtien. Dans une vidéo publiée sur son compte TikTok officiel fin mai, il a dénoncé l’usage fautif du mot « Milokan », affirmant que le terme exact est « Minokan ».
Cette précision n’est pas anodine. Selon l’auteur de Gason Solid, « Minokan » est un mot sacré qui symbolise le rassemblement des ancêtres et la mémoire collective. Il renvoie à l’union des 21 tribus africaines arrivées à Saint-Domingue, mêlées aux savoirs amérindiens, qui ont donné naissance au vaudou haïtien. Dire « n ap Minokan » dans un rituel, c’est invoquer cette force ancestrale, c’est un service de culte.
Josué rappelle qu’il existe des chants et des vèvè portant le nom de « Minokan », preuve de son authenticité. Il cite notamment un refrain rituel : « Minokan, minokan, yanvalou tous les saints, yanvalou tous les loas… », qui illustre la place centrale de ce terme dans la liturgie vaudou.
La confusion autour de « Milokan » aurait trouvé son origine dans les travaux de l’ethnologue Milo Rigaud et de son épouse Odette dans les années 1940 et 1960. Ils avaient photographié et conservé des vèvè. « Ce n’est pas parce que Milo Rigaud a fait ce travail qu’il faut dire Milokan », insiste Erol Josué. L’étymologie est claire : le mot vient du fongbé béninois, sous la forme « Minonan », et s’est transmis en Haïti pour désigner un rituel fondamental du vaudou.
Au-delà de la correction linguistique, le chercheur Josué lance un appel vibrant aux anciens. Il les invite à partager leurs connaissances et leur mémoire avec les jeunes générations, afin d’éviter que le vaudou ne soit dénaturé par des approximations ou des mots « à la mode » sans fondement historique.
Il insiste sur l’importance de l’unité et de la transmission, rappelant que « pa gen egoyis, yon sèl dwèt pa manje kalalou ». Tant que le peuple haïtien connaît ses racines, il peut avancer avec dignité et force vers l’avenir. La sauvegarde du mot « Minokan » est donc aussi un acte de préservation culturelle et identitaire.
Enfin, l’auteur de la chanson Erzulie annonce qu’il reviendra bientôt avec une nouvelle intervention pour éclairer d’autres termes utilisés dans le vaudou, tels que « asogwe » et « asongwe ». Son objectif est clair : protéger la richesse du patrimoine spirituel haïtien contre les dérives linguistiques et historiques.










