Une vaste étude internationale menée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) révèle un lien significatif entre la consommation d’alcool et le risque accru de développer un cancer du pancréas. Ces nouvelles données, issues de l’analyse de millions de dossiers médicaux à travers plusieurs continents, mettent en lumière un risque longtemps sous-estimé, qui concerne aussi bien les hommes que les femmes, fumeurs comme non-fumeurs.
Boire de l’alcool, même de façon modérée, pourrait augmenter le risque de cancer du pancréas, selon l’une des recherches les plus complètes menées à ce jour sur le sujet. Cette étude d’envergure a été conduite par un consortium international sous la direction du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), basée à Lyon.
Cette recherche met en évidence une association modeste mais significative entre la consommation d’alcool et le développement du cancer du pancréas. Les résultats montrent qu’une augmentation de 10 grammes d’alcool par jour -soit moins d’un verre standard – entraîne une hausse de 3 % du risque de développer ce type de cancer, indépendamment du sexe et du tabagisme.
« La consommation d’alcool est un cancérogène connu, mais jusqu’à présent, les preuves de son lien spécifique avec le cancer du pancréas n’étaient pas concluantes », explique le Dr Pietro Ferrari, chef de la branche Nutrition et métabolisme du CIRC et auteur principal de l’étude.
Un lien longtemps négligé
Le lien entre alcool et cancer du pancréas n’avait jusqu’ici jamais été démontré de manière aussi claire. « Nos résultats apportent de nouvelles preuves que le cancer du pancréas pourrait être un autre type de cancer associé à la consommation d’alcool, un lien qui a été sous-estimé jusqu’à présent », a déclaré le Dr Ferrari.
L’étude s’appuie sur l’analyse de données issues de 30 cohortes de population réparties sur quatre continents (Asie, Australie, Europe et Amérique du Nord), impliquant près de 2,5 millions de personnes suivies pendant une période médiane de 16 ans. Aucun participant n’était atteint de cancer au moment de son inclusion dans l’étude. Au fil du temps, plus de 10 000 cas de cancer du pancréas ont été diagnostiqués.
Risques accrus même à des niveaux modérés de consommation
Les chercheurs ont observé que le risque augmente avec le niveau de consommation, et ce, dès des quantités modérées.
Chez les femmes, une consommation d’alcool de 15 à 30 g/jour est associée à une hausse de 12 % du risque par rapport à une consommation très faible (0,1 à 5 g/jour).
Chez les hommes, une consommation de 30 à 60 g/jour entraîne une augmentation de 15 %, tandis qu’au-delà de 60 g/jour, le risque grimpe à 36 %.Cela confirme les conclusions de précédentes recherches qui avaient déjà suggéré un effet nocif de l’alcool au-delà de 30 g d’éthanol par jour, soit environ deux verres standards.
Autre constat majeur : l’alcool constitue un facteur de risque indépendant, c’est-à-dire que même les non-fumeurs qui consomment de l’alcool voient leur risque de cancer du pancréas augmenter. Cette conclusion est importante, car elle permet de dissocier clairement l’impact de l’alcool de celui du tabac, deux habitudes de vie souvent liées.Un cancer redoutable
Le cancer du pancréas est le 12e cancer le plus fréquent dans le monde, mais il reste l’un des plus meurtriers, notamment en raison d’un diagnostic souvent tardif. En 2022, il a représenté 5 % de tous les décès liés au cancer dans le monde. Les taux de mortalité sont particulièrement élevés en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Asie de l’Est.
Parmi les facteurs de risque reconnus : le tabagisme, l’obésité, la pancréatite chronique et le diabète. Cette nouvelle étude vient désormais renforcer la place de la consommation d’alcool dans cette liste.
Une recherche à approfondir
Pour les scientifiques, cette étude ouvre la voie à de nouvelles pistes. « D’autres recherches sont nécessaires pour mieux comprendre le rôle de la consommation d’alcool tout au long de la vie, notamment à des âges précoces, et l’influence de modes de consommation spécifiques, comme la consommation excessive », conclut le Dr Ferrari.
Alors que les campagnes de prévention mettent souvent l’accent sur le tabac ou l’alimentation, cette étude rappelle que l’alcool, même consommé modérément, n’est pas sans danger pour la santé – et pourrait jouer un rôle plus important qu’on ne le pensait dans le développement de l’un des cancers les plus redoutés.










