Depuis plusieurs années, les autorités au plus haut niveau de l’État semblent avoir décidé d’abandonner le pays aux mains des bandits. Port-au-Prince, la capitale, est devenue un foyer de gangs qui sèment la terreur à leur guise, sans aucun contrôle. Autrefois, seules certaines zones qualifiées de “zones rouges” comme Cité Soleil, Martissant, Grand-Ravine étaient reconnues pour la présence d’hommes armés imposant leur loi. Mais aujourd’hui, aucun endroit n’est épargné : la majorité des quartiers de la capitale, des zones avoisinantes, et même plusieurs régions de province, sont tombées ou sont sur le point de tomber sous le contrôle des gangs. On peut citer Savien, L’Estère, Petite-Rivière de l’Artibonite, La Chapelle, Pont-Sondé, Gros-Morne, Jean-Denis, Mirebalais, Saut-d’Eau, comme exemples.
Les gangs de Port-au-Prince s’allient à ceux de l’Artibonite et ne cessent de semer le trouble dans le pays. Le groupe de gangs “Taliban”, dirigé par Jeff Canan, bénéficie du soutien du redoutable chef de gang Lanmò San Jou et sa bande armée 400 Mawozo cherchent à tout prix à connecter les territoires qu’ils contrôlent avec le gang “Gran Grif” de Savien, dirigé par Lucson Élan. Après avoir pris le contrôle de La Chapelle, il y a environ deux semaines, ils exercent désormais une pression constante sur la commune de Desarmes, dans l’Artibonite, ainsi que sur Lascahobas, dans le département du Centre. Le jeudi 3 juillet 2025, selon plusieurs médias, les hommes de Jeff et de Lanmò San Jou ont attaqué Lascahobas.
Lors de cette attaque, au moins un policier a été tué, et deux véhicules appartenant à la Brigade de la sécurité des aires protégées (BSAP) et le groupe d’autodéfense de la zone ont été saisis par les malfrats. Les habitants ont été contraints de rassembler leurs affaires pour fuir et trouver refuge ailleurs. Cette vague de panique a également poussé des élèves, qui composaient le dernier jour de leurs examens de neuvième année, à abandonner les centres d’examen sous la pression des gangs.
Depuis la création de la coalition de gangs “Viv Ansanm”, ces groupes armés sont devenus plus puissants, défiant les autorités à leur convenance, distribuant des armes pour étendre leurs territoires, accroître leurs revenus et renforcer leur pouvoir. Chaque zone qu’ils prennent est attaquée sans pitié : ils pillent, détruisent, tuent, et installent leurs propres chefs pour diriger, les poussant à recruter davantage de jeunes afin de poursuivre cette spirale de violence.
Malgré le nombre de morts quotidiens, les kidnappings qui se multiplient, les violences contre les femmes et les jeunes filles, aucune volonté sérieuse ne se manifeste de la part des dirigeants pour résoudre la crise sécuritaire. Au contraire, le Premier ministre, le ministre de la Défense, le ministre de la Justice, le ministre de l’Intérieur, le directeur général de la Police, chacun s’occupe de ses affaires personnelles pendant que la population est livrée, sans défense, aux mains des gangs. Beaucoup estiment que ces bandits constituent le bras armé que l’État utilise pour oppresser le peuple pour des raisons inavouées. Les gangs armés se déplacent d’un département à l’autre sans rencontrer de résistance. Nous sommes en droit de nous interroger : où sont passés les services de renseignement de l’État ?
Pendant ce temps, les pays étrangers et les organisations internationales ne cessent de parler, d’enchaîner les réunions sans prendre de mesures concrètes, tandis que les armes continuent d’affluer entre les mains des gangs. Ce qui se passe en Haïti ne semble pas réellement les inquiéter. Aucune pression véritable n’est exercée pour contraindre l’État à respecter la vie et les droits de sa population.
Aujourd’hui, la crise sécuritaire ne se limite pas aux questions de gangs et d’armes, elle relève également des discours et des comportements des dirigeants, qui manquent de clarté et d’engagement. L’État ne communique pas avec la population pour insuffler de l’espoir, pour renforcer le courage, ni pour tracer une voie vers le changement. Bien souvent, leur silence équivaut à de la complicité, et lorsqu’ils s’expriment, ce ne sont que de fausses promesses qui ne se concrétisent jamais.
Quand prendront-ils enfin la décision de libérer le pays des mains des gangs ? Combien de morts faudra-t-il encore avant que les responsables agissent ? Combien de territoires devront encore tomber sous le contrôle des gangs avant que l’État ne se lève enfin ?
Si l’État ne réagit pas, nous continuerons à vivre dans la peur, nous continuerons à perdre nos jeunes, nous continuerons à perdre notre espoir. Ce ne sont pas uniquement les armes qui tuent, mais le silence de l’État tue, lui aussi, chaque jour le peuple haïtien.
Marc Wisly Hilaire










