Le Gouvernement haïtien annonce la poursuite de son programme de relocalisation des familles vivant dans les camps, une initiative qui fait suite aux engagements du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, notamment lors de sa visite au camp de l’Équateur le 29 mars dernier. Mais derrière les annonces officielles, ce sont surtout des années de précarité, de violences et d’abandon que vivent ces milliers de déplacés.
« Des quartiers comme Nazon, Solino, Carrefour-Feuilles, entre autres, sont passés sous le contrôle de groupes armés – pour certains depuis plusieurs mois, pour d’autres depuis déjà plusieurs années. » Face à cette vague de violences, des familles ont été contraintes de fuir leurs maisons, abandonnant tout pour tenter de survivre dans des camps insalubres et surpeuplés. L’État, la Police nationale et la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) ont jusqu’ici montré leur impuissance à reprendre ces territoires ou à protéger les populations civiles.
Dans les camps, la réalité est brutale : les conditions de vie sont extrêmement précaires, les ressources rares, et les femmes et les filles sont particulièrement exposées à la violence sexuelle. Les nouveau-nés et les enfants en bas âge, eux, grandissent dans un environnement où le manque de soins de santé, d’hygiène et de sécurité compromet gravement leur développement et leur survie.
Encadré par le Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) et l’Office National de la Migration (ONM), avec l’appui du Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES), le programme de relocalisation prévoit la distribution de chèques aux familles identifiées comme les plus vulnérables. Mais ces mesures, si louables soient-elles, ne remplacent pas une réponse structurelle à la crise humanitaire et sécuritaire que connaît le pays.
Le Gouvernement dit vouloir « restaurer l’autorité de l’État » et réaffirme sa volonté d’organiser des élections « libres, crédibles et démocratiques ». Pourtant, sur le terrain, la réalité renvoie à une tout autre image : celle d’un pays où la population fuit l’insécurité dans l’indifférence d’un appareil étatique incapable de garantir les droits les plus élémentaires.
La relocalisation ne devrait pas être un simple transfert géographique, mais le point de départ d’un engagement réel en faveur de la dignité, de la sécurité et de la justice pour celles et ceux qui ont tout perdu.










